par Alexandru Baltag, Etudiant à l'Institut Européen des
Hautes Etudes Internationales - République de Moldavie
Il est évident que l’Ukraine, située au bord de la mer
Noire, est incontestablement une zone de contrastes, en
constituant le théâtre de luttes d’influence tant à
travers l’histoire qu’en présent. Ce pays pendant trois
millénaires s’est trouvé dans le milieu d’une histoire
troublée et maintenant deux parts du monde, c’est-à-dire
la Russie et l’Occident, construisent leurs conceptions
stratégiques, politiques et économiques dans cette
région, tenant compte de l’espace adjacent de la zone
abordée. L’intérêt des grandes puissances dans la région
s’explique par l’importance géopolitique,
géostratégique, géoéconomique et géoénergétique de
l’espace, aussi par sa puissance transfrontalière et de
transit.
Aujourd’hui les dissensions diplomatiques autour de cet
espace deviennent de plus en plus évidentes du fait de
la réorientation de la politique étrangère de Kiev vers
l’Ouest et de la perception russe de l’élargissement de
l’UE et de l’OTAN vers l’est. En fait l’Ukraine
n’existait pas comme pays indépendant jusqu’à
l’implosion de l’URSS. Elle représentait l’interface
européenne de l’Empire russe et puis soviétique. Ceci
explique pourquoi cette région devient un pivot
géopolitique : l’existence de l’Ukraine comme pays
indépendant face au Kremlin contribue à la
transformation de la Russie. Sans la présence russe dans
la région ukrainienne, la Fédération de Russie perd son
importance (géo) politique et (géo) stratégique en
Europe. Une éventuelle adhésion de l’Ukraine à l’UE et à
l’OTAN effraye le Kremlin, parce que géographiquement la
Russie se détourne de l’Europe vers l’Asie. Avec
l’Europe, elle conserve seulement des relations
économiques et énergétiques. Dans ce contexte il est bon
de citer Zbigniew Brzezinski qui dit que “sans
l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire, mais avec
l’Ukraine, premièrement trompée et puis subordonnée, la
Russie devient automatiquement un empire”.
Pour la Russie, la sortie de l’Ukraine de la zone
d’influence russe est inconcevable dans la mesure où la
Fédération de Russie souhaite continuer à jouer un rôle
politique dominant en Europe. Dans cet espace ukrainien,
l’influence de Moscou représente pour la Russie un
bouclier face à des menaces venues de l’Ouest, en
particulier de la part de l’OTAN. L’orientation
européenne de Kiev et une confrontation diplomatique de
plus en plus évidente entre l’Est et l’Ouest pose donc
pour cette région, la question de l’adhésion de
l’Ukraine à l’OTAN. Pendant le Conseil Russie – OTAN, le
4 avril 2008 à Bucarest, l’ex-président russe V. V.
Poutin (aujourd’hui Premier Ministre) déclarait :
“l’Ukraine est un Etat artificiel, une partie de son
territoire appartenant à l’Europe de l’Est, l’autre
partie, la plus consistante, représentant la donation
des Russes à Kiev.” Poutin avait précisé que la Russie
n’hésiterait pas à casser l’unité territoriale de
l’Ukraine, c’est-à-dire à revendiquer la Crimée et la
partie de l’est de l’Ukraine si Kiev était invitée à
adhérer à l’OTAN.
Par ailleurs, la nervosité de la Russie s’explique par
l’importance stratégique de la Crimée : qui contrôle
cette péninsule, détient une position clé dans la région
de la mer Noire. De plus, la Crimée représente le “pont”
de liaison avec l’Europe. La Russie ne peut pas être en
Europe sans que l’Ukraine soit en Europe, tandis que
l’Ukraine peut être en Europe sans que la Russie y soit.
De facto, plusieurs géopoliticiens pensent que l’Ukraine
et ses régions adjacentes pourraient devenir une zone
active de confrontation. Le conflit de la Transnistrie,
dont la solution est encore vague, et la position
hostile de l’Ukraine vis-à-vis de la flotte russe à
Sébastopol montrent que cette confrontation existe déjà.
Récemment, l’Ukraine a proposé à la Russie un plan
d’évacuation des forces militaires russes de Crimée
après 2017 (à l’expiration de l’accord bilatéral
concernant le louage du port de Sébastopol). Kiev n’est
donc plus disposé à accepter la présence russe sur son
territoire national. Dans ces conditions, un conflit
politico-diplomatique entre Kiev et la Moscou est plus
que probable. Il pourrait avoir des conséquences
néfastes pour la stabilité régionale.
Personne ne désire pas une déstabilisation de la région,
ni la Russie ni l’Union Européenne. Aussi, concernant la
région ukrainienne, l’UE et les Etats-Unis gardent une
position réservée. Le Haut Représentant de l’UE pour la
politique étrangère, Xavier Solana déclarait “l’Ukraine
n’est pas encore prête pour adhérer à l’Union européenne
et à l’OTAN”.
Etant donné la sensibilité du cas Ukrainien si l’on veut
parer à d’éventuelles turbulences dans la région, il
convient de ne recourir qu’à des mesures diplomatiques
et de compromis.
L’Ukraine dont une grande partie de population partage
des valeurs culturelles et historiques avec l’Europe et
qui adopte une orientation officielle pro-européenne en
matière de politique étrangère se heurte à la position
de réserve et de prudence à l’Ouest et à une politique
agressive de la Fédération de Russie à l’Est. Moscou
veut maintenir cette zone sous sa sphère d’influence,
tout en lui gardant son interface européenne pour en
faire un contre poids vis-à-vis de l’OTAN. Dans cette
situation il est assez difficile de prévoir la direction
politique que prendra l’Ukraine, tant du fait du
triangle confus Moscou, Kiev, Bruxelles que de
l’instabilité politique interne et de l’amalgame socio
ethnique de la région.