background world image

 Documents

La UNE

Europe culture...           Europe culture...           Europe culture...         

Europe culture


EUROPE ET CULTURE
Il existe une Europe de la culture qui puise ses sources aux mêmes racines depuis près de deux millénaires. L’interdépendance culturelle des vingt sept pays de l’Union est aujourd’hui une évidence. La majorité des plus grands noms de l’humanité, ceux qui ont brillé au firmament de la science, du savoir et du progrès appartiennent à ce continent qu’on appelle l’Europe.

A la rencontre d’une culture européenne

Depuis quelques années, l’Europe affiche des évènements culturels liés à une civilisation et à une histoire qui nous est commune. Ils ne sont pas la traduction de particularismes nationalistes, ethniques ou religieux mais relèvent d’un fonds commun de philosophie, de courants de pensée, d’expression littéraire, cinématographique, théâtrale, musicale. Dans les vingt sept pays qui ont commencé à lier graduellement leur destin, des rassemblements autour de thèmes inspirés par la musique, le théâtre, la danse ou le cinéma, sont la démonstration de l’existence d’une culture qui transcende les barrières linguistiques et les découpages politiques. Les vingt sept nations manifestent leur appartenance à une entité européenne, étape vers une identité commune.

Au cours de l’histoire, différents moteurs de la culture européenne ont tour à tour pris le relais pour laisser à l’histoire une empreinte spécifique. Sans vouloir remonter indéfiniment le temps, il suffit de se reporter aux premiers siècles de notre ère, lorsque l’architecture, la philosophie, les institutions politiques de la Grèce et de Rome avaient déjà façonné les sociétés de la plupart des pays européens. La rencontre de Rome et Athènes avec les civilisations du nord et de l’est de l’Europe, aboutit à la création d’un empire, celui de Charlemagne, préfiguration de l’Europe du vingt et unième siècle. Plus tard, au Moyen âge, l’identification de l’Europe se précisa avec la collusion de l’Eglise catholique ou de ses ramifications comme l’Eglise Anglicane ou les Eglises protestantes avec des pouvoirs politiques absolus. Les guerres prenaient l’aspect de guerres civiles. L’alliance des pouvoirs politiques et religieux créait des sociétés profondément inégalitaires et tyranniques.
Au quinzième siècle, un ensemble Méditerranée Europe connaît une évolution géopolitique déterminante. Ses conséquences revêtent pour l’Europe une importance culturelle inestimable : la reconquête par la chrétienté de la péninsule ibérique en 1492, la prise de Constantinople par les Turcs Ottomans en 1453. L’avancée des musulmans fera tomber l’Empire Byzantin. Paradoxalement, les Européens vont retrouver leur héritage culturel en se réappropriant les trésors de la capitale byzantine et une série de manuscrits antiques plus ou moins méconnus. On redécouvrit ainsi des œuvres de la culture grecque qui allaient influencer le monde artistique et littéraire de la Renaissance.
Les grandes découvertes de territoires inconnus, l’Amérique, le Pacifique, attisaient la curiosité. Une certaine idée de l’Europe prenait forme.
L’invention de l’imprimerie en Allemagne au milieu du quinzième siècle accélère la diffusion de la culture dans plus de deux cents villes européennes. Certes, les pays procèdent à l’impression dans leur langue nationale mais on ne saurait négliger le rôle unificateur du Latin.
Ainsi se dessina un mouvement humaniste propagé par les intellectuels grâce à un système de mécénat initié par les villes les plus prospères comme Gènes, Venise ou Florence au sud du continent tandis qu’au nord, la culture gothique entrait dans un processus de renouvellement : de nombreux artistes du nord de l’Europe font le voyage en Italie, s’inspirent de gravures italiennes. Au début du seizième siècle, Hans Holbein l’Ancien à Augsbourg profite avec d’autres de la relation étroite de sa ville avec Venise. En 1509, à Augsbourg, on construit le premier édifice de style Renaissance au nord des Alpes. En relation étroite avec Venise, des artistes d’Augsbourg s’inspirent des modèles vénitiens et lombards. L’art allemand et l’art flamand trouvent leur inspiration à Venise et à Florence chez Giovanni Bellini ou chez Léonard de Vinci. Si la primauté italienne dans l’art européen se confirme au début du seizième siècle, il serait injuste de ne voir dans la Renaissance nordique qu’une imitation : une observation attentive des vierges à l’enfant, thème inspiré de Bellini, sont de véritables créations.
Partout en Europe, l’art se développe grâce au mécénat qui entretient artistes et intellectuels. L’Humanisme, avec entre autres, Erasme, Guillaume Budé ou Rabelais gagne toute l’Europe. Dans cet essor intellectuel, le roi de France, François 1er, joue un rôle de premier plan en créant à Paris, en 1530, le collège des lecteurs royaux pour l’enseignement du grec de l’hébreu, du latin et des mathématiques, aujourd’hui appelé Collège de France.
L’humanisme, phénomène essentiellement urbain, implique une concentration des savoirs dans le cadre des cours royales, des collèges ou des universités bien que celles-ci font souvent preuve d’un conservatisme étroit.
La Renaissance marque une transition entre le Moyen Age et l’époque moderne qui s’inscrit dans une période de la fin du 14e siècle en Italie à la fin du 15e siècle et au début du 16e en France et en Allemagne.
Deux siècles plus tard, l’Europe va s’identifier à des courants intellectuels européens à travers l’influence d’écrivains et de philosophes dont les idées fragiliseront les pouvoirs politiques royaux ou impériaux qui les avaient protégés : Voltaire, Rousseau, Diderot, les encyclopédistes ont été des européens avant l’heure. Leurs œuvres ont inspiré la révolution française de 1789. L’âge des lumières en Europe a contribué puissamment à l’introduction de la modernité dans les institutions et la société. Une nouvelle conscience du rôle de l’homme s’est développée, souvent dans le désordre et dans le sang. Mais des figures comme celle de Goethe ont transcendé les cultures nationales et apparaissent aujourd’hui comme représentatifs d’une culture humaniste européenne. Le philosophe et historien Taine parle de Goethe comme « le maître de tous les esprits modernes ». Pour Engels, Goethe est « tantôt colossal, tantôt puéril », selon Sainte Beuve, le propre de Goethe « était l’étendue, l’universalité même… » On n’en finirait pas de citer les écrivains, les poètes, les philosophes qui du dix huitième au vingt et unième siècle ont débordé de leurs frontières.
Le passé européen d’une certaine forme spécifique de culture est le garant d’un label prestigieux que l’on retrouve chaque année dans des festivals de cinéma à Venise, Berlin ou Cannes ; de théâtre comme à Avignon ; de musique comme à Salzbourg, Aix en Provence, Bayreuth ; en Espagne le festival de Benicassim, au Danemark, le Rostkilde festival, en Belgique le festival de Dour, en Hongrie, au cœur de Budapest, le Sziget festival. Les manifestations culturelles et artistiques en Europe, se comptent par centaines.

L’Europe de la culture existe depuis l’antiquité. Son influence sur les rapports humains entre citoyens de langues différentes facilite les échanges entre le nord et le sud, entre l’est et l’ouest. Tous les Etats membres de l'Union européenne sont signataires de la Convention culturelle européenne, rédigée en 1954 dans le cadre du Conseil de l’Europe. C’est le traité de Maastricht qui en 1992, a conféré à l’Union Européenne des compétences dans le domaine de la culture. Le traité prévoit ainsi que « l'UE contribue à l'épanouissement des cultures des Etats membres, dans le respect de leur diversité nationale, tout en mettant en évidence l'héritage culturel commun. » A l'occasion des débats, dans les années 1990, sur « l'exception culturelle », devenue « diversité culturelle », un essor sans précédent a vu le jour.
Jean-Claude Courdy


A Paris : Renoir au Grand Palais. Sa dernière période avait influencé Matisse et Picasso

Renoir à Paris

Titien, Tintoret et Véronèse au Louvre

Van Eyck au musée Jacquemart André. Il s’agit de la collection Brukenthal (1721-1803) : Brukenthal représentait la Transylvanie à Vienne ; il était devenu le favori de l’impératrice Marie-Thérèse

James Ensor (1860-1949) au musée d’Orsay. Peintre flamand étrange né à Ostende


 

Caricatures anglaises au temps de la Révolution et de l’Empire au musée Carnavalet

Rétrospective Soulages au Centre Pompidou

Soulages



Louis XIV, le créateur, au Musée Cernuschi

Les expositions d’autres grandes capitales européennes, Londres, Berlin, Rome, Madrid… seront signalées dans de prochaines éditions.


 

Retour à Avignon

Le rassemblement théâtral d’Avignon consacre en majorité des œuvres francophones mais paradoxalement on en retient le caractère européen et international. Qu’il s’agisse des programmes proposés par le IN ou le OFF, tant les sujets que les troupes font, à quelques exceptions, référence à ces sources communes dont il a déjà été fait mention.

D’autres villes qu’Avignon ont eu l’idée de consacrer tout un espace urbain au théâtre d’une manière régulière, principalement en été. C’est le cas de Bussang en Alsace où le théâtre du Peuple, fondé en 1895 par la famille Pottecher connaît un succès qui ne se dément pas. Il existe des initiatives semblables dans le monde et dans d’autres pays européens.
Mais Avignon a une résonance particulière, en ce qu’il associe une ambiance festive de jour comme de nuit à des talents inégalés, dans une dimension artistique à l’échelle de l’Europe, voire à la mesure du monde de l’art et de la culture. Les grands problèmes de la démocratisation culturelle ont abouti au mythe de Malraux qui selon Le professeur Jean-Michel Djian, a contribué « par son charisme et son verbe à installer en France une sorte de foi dans le paradigme de la culture.. »
N’est ce pas précisément là, un phénomène européen ? Faut-il pour cela croire que le vrai problème de l’éducation culturelle se trouve en amont ? Que « les enfants des classes populaires sont dépossédés des outils de compréhension de l’offre artistique, car le milieu éducatif ne les enseigne pas » ?
Avignon démontre bien que le mythe de Malraux continue de fonctionner avec des ratés et des imperfections, certes, mais avec un succès qui au long des années ne se dément pas. Il paraît faux de vouloir suivre le philosophe Pierre Bourdieu, dans ses diatribes contre la télévision. La télévision n’est pas qu’un phénomène consumériste. Elle a aidé un large public à lire une littérature de qualité, comme elle popularise le meilleur du cinéma et du théâtre. Les dérives ne sont pas dues aux instruments mais à ceux qui assument mal leur charge éducative.
A Avignon, que l’on regarde la partie dite « INN » ou la partie dite « OFF », le pire côtoie sans doute le meilleur mais la diversité des représentations joue en faveur de la qualité.
Prenons des exemples : dans le « INN », « le Sang des Promesses » de Wajdi Mouawad,a fait résonner toute une nuit dans la cour d’honneur du Palais des Papes bruits et images d’une grande épopée où « les morts côtoient les vivants à la recherche de leur identité ».
« Apollonia » de Krzysztof Warlikowski, nous a entraîné dans un monde manichéen où, à la suite des grands dramaturges grecs, Euripide et Eschyle, le Bien et le Mal se livrent une lutte sans merci.
« La Guerre des fils de lumière contre les fils des ténèbres » de l’israélien Amos Gitai nous représentait à la carrière de Boulbon, une adaptation de « La Guerre des Juifs » de l’historien Flavius Josèphe. La prise de Jérusalem par l’Empire Romain et la fin de la souveraineté juive en 70 après JC sont évoquées dans ce récit historique dont le dialogue se répercute en écho sur les parois de la carrière, en hébreu, en Yiddish, en arabe , en français. Jeanne Moreau y est sublime dans son interprétation de ce que des critiques ont nommé ce « cantique des pierres ».
Avec près de huit cents spectacles, le « OFF » attire des spectateurs chaque année plus nombreux. Par la qualité des spectacles présentés, la convivialité qui se dégage des rencontres entre les artistes et le public, le talent exceptionnel de certains artistes comme Pierrette Dupoyer dans son spectacle sur Boris Vian ou Fabrice Lebert dans son interprétation de Jean-Sébastien Bach persécuté par le Prince de Weimar, le « OFF » à Avignon devient une pépinière d’acteurs et metteurs en scène de stature internationale.

Eu égard au nombre de lieux et de pièces qui se sont jouées en Avignon, la sélection que nous faisons demeure partielle et limitée. Outre les deux spectacles cités ci-dessus, nous avons remarqué la très belle interprétation d’Isabelle Siou dans le rôle de Marie Stuart, reine d’Ecosse, créée en 2007 à Paris au théâtre 13. Il convient également de mentionner le texte de Michel Quint « Effroyables Jardins » créé au théâtre Carpe Diem d’Argenteuil ou encore, l’adaptation plutôt libre de la pièce de Shakespeare, « Beaucoup de bruit pour rien ». Il ne faudrait pas oublier la très belle performance de Catherine Arditi dans un spectacle musical, « Le Monde entier est un théâtre », un voyage dans l’univers de Shakespeare, extraits de citations souvent adaptées en chansons, de monologues puisés dans l’œuvre du dramaturge de Stratford on Avon. Pour clôturer cette sélection, je voudrais faire une mention spéciale à une création du Chêne Noir en 2008, « Les Confidences à Allah » : c’est l’histoire de Jbara, une fille de la campagne maghrébine qui devient prostituée puis épouse d’un Imam. Ostracisée dans sa propre société, elle se confie à Allah, le seul prêt à écouter son témoignage sur l’oppression qu’elle subit : une image crue de la condition des femmes dans la société islamique.

Le théâtre, tel qu’il se manifeste chaque année en Avignon, contribue à la diffusion d’une culture populaire qui est devenue un enjeu politique, économique et social. Ce bouillon de culture européen ne régresse pas, même s’il est de bon ton de prévoir une descente aux enfers d’un univers qui est une partie de notre moi profond. La réalité est toute autre : certes les moyens pour réaliser le rêve de Malraux sont fluctuants selon la conjoncture, mais qui ne voit les progrès réalisés en un demi siècle ! L’action culturelle n’est ni une entreprise artisanale ni une action minoritaire comme le prétendent certains professionnels en manque de subventions. La foule qui se presse dans les spectacles vivants, dans les cinémas ou les concerts témoigne de l’élargissement de l’espace de liberté de chacun d’entre nous. Le rêve européen et mondialiste de Malraux devient peu à peu, une réalité dont nous devons nous réjouir.
J C C

Fondateur : Jean-Claude COURDY   -   GEOPOLITIS   -   Nos partenaires