Personne ne s’attendait à voir un gamin de Dartford traverser les décennies avec une telle intensité, ni à bouleverser la scène mondiale en sculptant l’identité sonore d’une époque. Pourtant, Keith Richards, figure rugueuse et indomptable, a fait vibrer les murs des salles de concert et résonner les platines, bien au-delà des frontières du Royaume-Uni. Mais qui se cache réellement derrière ce visage buriné, cette silhouette fidèle à sa guitare ? Voici le parcours sans filtre de ce musicien britannique devenu mythe vivant.
La naissance et le début de la carrière de Keith Richards
Keith Richards voit le jour le 18 décembre 1943 à Dartford, au sud de Londres. Sa toute petite enfance démarre sous les bombes de la Seconde Guerre mondiale, évacué avec sa famille à cause des raids de 1944. Ce sentiment d’insécurité plane longtemps, mais l’enfant trouve déjà un terrain solide : la musique. À l’école, il croise la route de Mick Jagger, un hasard qui va sceller une alliance au long cours, même si leurs chemins se séparent quand ils quittent le primaire.
Richards s’ouvre alors à la musique américaine, tombe sous le charme de Roy Rogers, chante dans une chorale honorée de se produire devant la reine. L’aventure tourne court à l’adolescence, sa voix mue, on lui demande de quitter la chorale. Au lieu de baisser les bras, il passe à la guitare : le premier déclic, encouragé par son grand-père. Dès lors, l’instrument ne le quittera plus.
Le lycée, ce n’est pas son terrain de jeu. Après avoir été renvoyé en 1959, l’établissement ne le condamne pas totalement : il est orienté vers la Sidcup Art School. Sur place, la passion créative trouve un écho chez Dick Taylor, musicien lié à Jagger, qui l’intègre dans un groupe de blues naissant. En deux ans, ce trio devient le noyau des Rolling Stones. À dix-huit ans, Richards tourne le dos à l’école et monte sur scène, prêt à électriser le public pour de bon.
Les collaborations de Richards et leur impact
Keith Richards n’a jamais été un simple figurant de l’histoire du rock. Il est de ceux qui remuent la scène, qui la redéfinissent. Son duo avec Mick Jagger ramène le groupe dans ses racines blues, façonne des riffs percutants, véritables emblèmes du rock comme « Satisfaction » ou « Jumpin’ Jack Flash ». Ces sommets de créativité deviennent la colonne vertébrale du groupe, les véritables repères de la légende Stones.
Au fil des années 1970, Richards expérimente les accords ouverts, adopte une vie sans filtres et repousse les limites. Sous la surface débridée, son apport est décisif : il insuffle au groupe une curiosité nouvelle pour le reggae, le country, sans jamais sacrifier l’énergie brute qui fait leur marque. Il écrit, compose, et partage l’alchimie avec Jagger, une synergie parfois explosive. Les tensions ne manquent pas dans les années 1980 : Jagger explore d’autres horizons et le duo tangue, mais cette rivalité accouche d’une oeuvre aussi dense que complexe.
Quand Richards s’affirme en solo
Richards n’est pas du genre à rester confiné à un seul univers. En 1988, il publie « Talk Is Cheap », un album où il affirme sa liberté artistique. Ce disque respire la sincérité et le goût du blues. Pour la scène, il s’entoure de Steve Jordan et forme les X-Pensive Winos, lançant l’enregistrement de « Main Offender ». Le chapitre solo ne dure pas : Richards revient vite auprès des Stones pour « Voodoo Lounge » en 1994, mais il a prouvé qu’il savait porter ses propres couleurs.
Année après année, il poursuit ce va-et-vient : fidèle à ses origines, curieux de nouvelles aventures. « Crosseyed Heart », son troisième album solo paru en 2015, témoigne d’un feu intérieur qui ne s’éteint pas, même bien après les soixante-dix printemps franchis.
Jagger/Richards : la machine à tubes
La force des Rolling Stones, c’est aussi ce binôme d’auteurs-compositeurs. Dès le milieu des années 1960, ils maîtrisent l’écriture et la création de morceaux. « I Can’t Get No Satisfaction » sort en 1965 et bouleverse la donne. Des deux côtés de l’Atlantique, l’effet est immédiat. Richards imagine le riff principal d’un geste nocturne, marque au passage l’histoire entière du rock.
Exposer autant de charisme finit par attirer de sérieux ennuis. Leur image choque, la police s’en mêle, décidée à corriger ce qu’elle juge comme provocant. En 1967, une perquisition conduit à l’arrestation de Richards : on trouve des amphétamines dans le manteau de Marianne Faithfull. Un de ces épisodes qui auraient pu stopper net une carrière, mais Richards continue son chemin, sans broncher, fidèle à lui-même.
De la banlieue londonienne aux grandes scènes pleines à craquer, Richards a construit un parcours de défi et de renaissance permanents. Il trace sa voie, chute parfois, se relève toujours. Son histoire inspire tous ceux qui préfèrent inventer leurs propres règles plutôt que d’emprunter des autoroutes balisées. Cette légende flotte encore dans l’air, chaque fois que l’on gratte une corde ou que l’on songe à tout ce qu’une simple guitare peut provoquer.

