Vous recevez un SMS provenant d’un numéro commençant par +35, suivi d’un ou deux chiffres supplémentaires. Le préfixe ne correspond à aucun pays que vous connaissez, le message vous demande de rappeler ou de cliquer sur un lien. Ce scénario touche un nombre croissant d’utilisateurs de téléphones mobiles, et les risques vont bien au-delà d’une simple gêne.
Préfixe +35 : à quels pays correspondent ces numéros
Le préfixe +35 n’existe pas en tant que tel dans le plan de numérotation international. Il s’agit toujours d’un indicatif plus long : +350 correspond à Gibraltar, +351 au Portugal, +352 au Luxembourg, +353 à l’Irlande, +354 à l’Islande, +355 à l’Albanie, +356 à Malte, +357 à Chypre, +358 à la Finlande et +359 à la Bulgarie.
Un SMS affiché avec un préfixe tronqué à +35 masque donc volontairement le pays d’origine réel. C’est un premier signal d’alerte. Un numéro légitime affiche toujours l’indicatif complet, pas une version raccourcie.
Certains fraudeurs exploitent aussi des numéros surtaxés enregistrés dans de petits pays européens. Le coût d’un rappel ou d’un SMS sortant vers ces destinations peut atteindre plusieurs euros par minute ou par message, sans que votre forfait ne le couvre.
Smishing depuis l’étranger : pourquoi ces SMS frauduleux se multiplient

Le smishing (contraction de SMS et phishing) désigne l’envoi de messages frauduleux par SMS pour soutirer des données personnelles ou bancaires. Depuis la généralisation des outils d’intelligence artificielle générative, les messages frauduleux sont mieux rédigés et plus ciblés qu’avant. Les fautes d’orthographe qui trahissaient autrefois les arnaques ont largement disparu.
Les campagnes de smishing ne ciblent plus un seul pays. Elles visent simultanément l’Europe, l’Afrique, l’Amérique du Nord et l’Asie. Si votre ligne mobile peut recevoir des SMS dans de nombreux pays, vous êtes mécaniquement plus exposé à ces campagnes globales.
Un type de message revient souvent : une prétendue notification de livraison, un faux avis bancaire ou un message imitant un service public. Le point commun est toujours le même : vous pousser à cliquer sur un lien ou à rappeler un numéro.
Pourquoi les numéros en +35x sont prisés par les fraudeurs
Plusieurs raisons expliquent l’usage de numéros rattachés à de petits pays européens. Les coûts d’acquisition de numéros surtaxés y sont parfois plus bas. La traçabilité est plus difficile pour les opérateurs français. Et le préfixe européen inspire davantage confiance qu’un numéro africain ou asiatique.
Vous avez déjà remarqué qu’un SMS provenant d’un numéro européen semble moins suspect qu’un appel depuis un indicatif totalement inconnu ? C’est précisément cette perception que les fraudeurs exploitent.
Vérifications à faire quand vous recevez un SMS en +35
Avant toute interaction avec un SMS suspect, appliquez ces vérifications concrètes :
- Identifiez l’indicatif complet du numéro (pas seulement +35 mais +351, +356, etc.) et vérifiez s’il correspond à un pays avec lequel vous avez un lien réel : contact, commande en cours, voyage récent.
- Ne cliquez jamais sur un lien contenu dans le message. Si le SMS prétend provenir de votre banque ou d’un service de livraison, ouvrez directement le site officiel du service concerné depuis votre navigateur.
- Ne rappelez pas le numéro. Un simple appel vers un numéro surtaxé peut générer une facturation immédiate, parfois visible uniquement sur votre prochaine facture détaillée.
- Vérifiez votre facture mobile. Des SMS sortants vers l’étranger peuvent apparaître sans que vous ayez consciemment envoyé quoi que ce soit, notamment si un logiciel malveillant a été installé sur votre téléphone.
Ne répondez jamais à un SMS dont vous ne pouvez pas vérifier l’expéditeur. Même un simple « STOP » confirme aux fraudeurs que votre numéro est actif.
Surfacturation et SMS fantômes : le piège financier concret

Des utilisateurs signalent régulièrement sur les forums des opérateurs français (Orange, SFR) des SMS facturés à l’étranger qu’ils n’ont jamais envoyés. Ces « SMS fantômes » apparaissent sur la facture comme des messages sortants vers des numéros internationaux.
Deux scénarios expliquent ce phénomène. Le premier : une application malveillante installée sur le téléphone envoie des SMS surtaxés en arrière-plan. Le second : l’opérateur facture la réception de SMS en dehors de la zone couverte par le forfait, ce qui surprend les voyageurs habitués à la gratuité de la réception en Europe.
En zone UE et DOM, la réglementation européenne interdit la surfacturation pour les SMS reçus. En revanche, dès que vous sortez de cette zone, les conditions changent radicalement. Recevoir un SMS au Maroc, en Turquie ou en Albanie (indicatif +355) peut entraîner des frais selon votre opérateur et votre forfait.
Que faire en cas de facturation suspecte
Contactez votre opérateur en demandant le détail complet des SMS facturés (numéro destinataire, heure, coût unitaire). Si des SMS sortants apparaissent sans que vous les ayez envoyés, faites analyser votre téléphone pour détecter un éventuel logiciel malveillant. Vous pouvez aussi signaler le numéro frauduleux sur la plateforme 33700, le dispositif français de lutte contre les spams SMS.
Protéger sa ligne mobile contre le hameçonnage par SMS
La protection passe par des réflexes simples mais réguliers :
- Activez le filtrage des SMS inconnus proposé par la plupart des smartphones récents (paramètres de messagerie, rubrique « filtrer les expéditeurs inconnus »).
- Désactivez la réception des SMS premium ou surtaxés auprès de votre opérateur. Cette option existe chez tous les opérateurs français, souvent accessible depuis l’espace client en ligne.
- Mettez à jour votre système d’exploitation mobile régulièrement. Les correctifs de sécurité comblent des failles exploitées par les logiciels qui envoient des SMS à votre insu.
La réception de SMS dans plusieurs dizaines de pays augmente votre surface d’exposition aux campagnes de smishing. Plus votre numéro est joignable largement, plus il a de chances d’être ciblé par des envois massifs automatisés.
Pour les voyageurs fréquents, une eSIM dédiée aux données (sans réception SMS sur la ligne principale) permet de limiter ce risque. L’authentification à deux facteurs par SMS reste un maillon faible, car les codes OTP envoyés par SMS peuvent être interceptés via des failles connues du protocole SS7 utilisé par les réseaux mobiles. Privilégier une application d’authentification (type TOTP) réduit cette vulnérabilité.
Un SMS reçu depuis un numéro en +35 n’est pas toujours une arnaque, mais il mérite systématiquement une vérification avant toute action. Le réflexe le plus efficace reste le plus simple : ne jamais cliquer, ne jamais rappeler, et vérifier directement auprès de la source supposée du message.

