Ce texte, " coup de gueule ", extrait d’une réflexion
approfondie de Jean Lechaczinsky correspond à une
facette souvent négligée des comportements
internationaux.
Mea culpa, mea maxima culpa …
C'est ma faute, c'est ma très grande faute…
Respectable et purificatrice contrition ou acte
d'allégeance, de soumission à l'autorité à laquelle
cette culpabilité est déclarée ?
Coupable, on l’est toujours par rapport à un système de
valeur dont quelqu'un est le dépositaire. Le procédé est
vieux comme le monde, le fautif, le coupable qui avoue
ses fautes, ses turpitudes, devient presque
automatiquement un soumis, un dominé. Les états, les
églises, les institutions ont compris cela depuis
longtemps et en on fait un remarquable outil de
management, de subordination, d'obéissance à l'autorité.
La culpabilité individuelle ressortit à l'artisanat
alors que dans la culpabilité collective d'une
communauté, on peut industrialiser le processus et nous
voilà arrivé au concept de la repentance. Des millions
de coupables à la fois, voilà de la productivité.
La systématisation, la mode diront certains de
l'exigence de repentance qui fait florès depuis quelque
temps n'est pas innocente.
Et si, ce qui apparaît comme un désir de moralisation,
n'était en fait qu'une
manipulation ?
Dans notre monde où les idéologies se sont effondrées il
faut bien revenir aux fondamentaux pour forger de
nouveaux outils de domination, de pouvoir. Si tant est
que l'exercice du pouvoir et la domination soit le
propre de l'homme ce grand prédateur qui n'a de cesse
dans ses actes quotidiens que de dominer, la nature
comme ses semblables.
Repentance et communautarisme voilà les deux procédés
par lesquels en l'absence d'idéologie crédible, tous les
révolutionnaires espèrent à l'heure actuelle battre en
brèche le réformisme trop lent et timoré à leur goût :
le communautarisme pour briser le consensus sociétal
comme l'a analysé Gabriel Macé-Scaron dans son essai "La
tentation communautaire", et la repentance, pour dominer
les communautés provenant de l'éclatement de la société.
Dans les démocraties, la repentance se substitue à la
force comme, outil de domination, de conquête du
pouvoir.
SOUMISSION A L'AUTORITE :
Le ressort caché de la repentance
Comme toutes les espèces animales, l'espèce humaine a
des caractéristiques spécifiques.
Notre cerveau reptilien induit chez nous des
comportements spontanés, inscrits dans nos gènes, diront
certains.
Il est commun d'étudier ces comportements chez les
animaux comme l'instinct de meute, celui de la dominance
chez les chiens ou les loups.
Plus rare sont les études, les observations concernant
l'homme et ses comportements sociaux naturels ou
"inscrits dans les gènes".
Une équipe de chercheurs de l'université de Yale s'était
posé la question de la soumission ou de l'obéissance à
une autorité. Dirigée par Stanley Milgram, elle a
procédé à une recherche très importante sur le sujet, au
cours d'une période allant de 1950 à 1963.
La question qui se posait à l'époque était celle du
phénomène du nazisme.
Nous sortions de la seconde guerre mondiale, et les
milieux de chercheurs en psychologie sociale
s’interrogeaient sur la participation du peuple
germanique à une œuvre de destruction totalitaire
commandité par un parti ou un dictateur.
L'édifice social a comme élément fondamental, comme
ciment, l'obéissance. Un ndividu dans une société ne
peut réagir aux exigences d'autrui que par la soumission
ou la révolte.
Toute une série de protocoles ont été déroulés pour
étudier l'obéissance en faisant donner des ordres à un
sujet étudié, par un autre sujet appelé moniteur. Par
une série d’injonctions, le moniteur infligeait sur
ordre, des souffrances à un élève sans défense.
Les scientifiques notaient le moment ou il y aurait
soumission ou révolte du moniteur. Le recrutement
s'était fait en prétextant une étude sur la mémoire. Les
participants étaient recrutés par annonce moyennant une
rétribution de 4 $ pour une heure de travail.
L'échantillon choisi représentait les 300 000 habitants
de la ville de New Haven dont l'âge était compris entre
20 et 50 ans. L'expérimentateur et l'élève faisaient
partie du personnel de l'université. Le sujet naïf
étudié ou moniteur était censé étudier ou tout au moins
c'est ce que l'on lui avait proposé : l'influence de la
punition sur les facultés d'apprentissage.
Pour cela il disposait d’un appareil infligeant des
décharges électriques dont l'amplitude variait de 15
volts à 450 volts à un élève pour chaque erreur que
celui-ci commettait dans des exercices d'association de
mots.
Un tirage au sort truqué affectait le rôle de moniteur
au sujet naïf ; l'élève était un comédien ne recevant
aucun choc, avec des réactions définies par avance,
jusqu'à la simulation de l'évanouissement. Différents
protocoles de l'expérimentation faisaient varier les
paramètres de la situation étudiée : comme la proximité
de l'élève par rapport au moniteur, l'état de santé de
l'élève, les conditions extérieures de l'expérimentation
et surtout le niveau des décharges à appliquer à
l'élève.
Résultat remarquable et tout à fait étonnant : le
pourcentage d'obéissance fut de 67% pour une décharge de
250 volts. Si elle en a reçu l’ordre d’une autorité
reconnue, 67% de la population, serait capable
d’infliger sans sourciller une décharge de 250 volts à
un sujet défaillant.
L'équipe de Stanley Milgram a tiré des conclusions de
cette expérimentation et essayé de répondre à la
question fondamentale que pose ces expériences :
Pourquoi l'homme est-il si obéissant ? Les réponses
proposées sont diverses.
Une première explication présente la hiérarchie comme
facteur de survie. Dans la meute préhominienne, dans le
clan préhistorique, les hommes qui ont survécu sont ceux
qui ont été capables d'obéir à un chef qui a permis de
rendre plus efficace la chasse qui devait se faire en
groupe pour être productive. La sélection naturelle a
donné des individus ayant une potentialité d'obéissance.
D'un autre côté, des êtres autonomes ne fonctionnent
dans une organisation complexe que si un facteur
inhibiteur les empêche d'exprimer leurs pulsions
agressives ou destructrices.
Pour agir en groupe, non indépendamment, il faut laisser
le contrôle à un agent coordonnateur, l'individu est
modifié.
Enfin une autre explication considère qu'un individu
entrant dans un système d'autorité ne se voit plus comme
l'auteur de ses actes, mais plutôt, comme l'agent
exécutif des volontés d'autrui. C'est le fameux
coupable, responsable, responsable mais pas coupable.
Plus près de nous un film d'Henri Verneuil avec Yves
Montand, "I comme Icare" a repris une grande partie du
livre que Stanley Milgram a écrit sur ses expériences et
qui a été publié sous le titre "Soumission à
l'autorité".
L'homme se soumet, obéit, s’il est en présence d’ une
autorité incontestée.
Cette autorité naturelle ou fabriquée peut être celle de
la blouse blanche de l'expert ; ais l'autorité peut être
aussi celle du détenteur du système de valeur, du
dépositaire des tables de la loi.
Cela va du Président de la République en passant par le
juge, jusqu'à l'organisateur d'une réunion. La
culpabilité se référant toujours à un système de loi ou
de valeur, il suffit dans la majorité des cas, d'en être
le détenteur ou le dépositaire pour que le coupable se
soumette. La repentance généralisant le phénomène de la
culpabilité est un outil de massification de la
culpabilité donc de soumission à l'autorité.
De là à généraliser le phénomène de repentance pour
mieux exercer le phénomène d'autorité, il n'y a qu'un
pas franchi par beaucoup.
REPENTANCE, RELIGION ET MANAGEMENT
L'église a depuis très longtemps utilisé le principe de
la culpabilité et de la repentance pour soumettre,
diriger les fidèles. Le pêché originel. Ll'humanité
responsable de la faute du premier homme. le paradis
perdu, les malheurs du monde, sont imputés à l’humanité,
à cause d'Adam et Eve. La confession est une " invention
géniale". On s’accuse et Dieu pardonne. Le pécheur n’a
plus qu’à se soumettre à Dieu et à son représentant.
L’invention est renouvelable au gré de la piété des
fidèles. Le processus est continu car la notion de
péché, de fautes, donc de culpabilité repose sur des
tendances naturelles de l'espèce
humaine : agressivité, colère, envie, sexe, etc..
Le monde de l'entreprise a su récupérer le procédé,
l'appliquer à sa propre finalité. C'est e principe même
de l'évaluation professionnelle.
Une fois par an ou plus, si besoin, une réunion formelle
rassemble dans un entretien d'évaluation le manager et
son subordonné. Au cours de ce face à face, le but
apparent du jeu est de faire admettre au subordonné les
imperfections, les défauts, les fautes qu'il a commises
dans l'exécution des tâches qui lui on été confiées. Une
appréciation, une note est attribuée quant aux
performances de l'intéressé qui doit donner son accord
sur ce jugement. C’est tout le système hiérarchique
qui est ainsi renforcé.
L’Histoire demeure porteuse de mémoire sujette à servir
d’instrument de repentance comme le fut la collaboration
de l’Etat Français avec les nazis et la vague d’anti
sémitisme qui s’en est suivi et dont la responsabilité
est retombée sur les républiques qui en ont assumé
l’héritage. Il en va de même pour la colonisation, la
guerre d’Algérie et les problèmes d’éthique collective
que peuvent poser des méthodes comme la torture à des
institutions nationales comme l’armée. Pourquoi vouloir
faire de tout le peuple français des repentis, et les
soumettre coupables, à une domination, une autorité, par
définition lavée de toutes fautes car dénonciatrice.
Il faut continuer de dénoncer la barbarie, la veulerie,
la collaboration, mais arrêter de se servir des avatars
de l’histoire pour manipuler une population qui n'en
peut mais !
REPENTANCE ET ECOLOGIE
Les mouvements écologistes ont très bien utilisé le
processus qui est toujours le même.
Tout d'abord on induit une culpabilité, puis on regroupe
les coupables dans une communauté de pensée, dans
laquelle on induit une repentance. Car il faut bien que
cette culpabilité soit pérennisée et globalisée.
Le mouvement écologiste se présente à la base comme un
mouvement de défenseurs de la nature, de rousseauistes,
c'est en fait un mouvement de conservateurs comme le
décrit très bien Luc Ferry dans un essai, "le nouvel
ordre économique", un mouvement de ralentisseur des
partisans du progrès à toute vitesse.
L'homme serait coupable au fond d'essayer de
maîtriser la nature, coupable de perturber
l'équilibre naturel dans sa dérive actuelle. Le
mouvement écologiste en arrive même à lutter contre des
périls qui n'existent pas encore, avec le célèbre
principe de précaution, principe qui, si il était
appliqué, inhiberait tout progrès, toute évolution.
C'est ainsi que les anti-mondialisation s'en prennent
aux instances, aux organes qui essayent de réguler la
mondialisation pour éviter les excès et la domination
sans partage du plus fort sur le plus faible dans un
monde qui ne serait soumis à aucune règle.
L'exemple le plus caractéristique est celui des OGM,
comme l'a décrit Guy Sorman dans un récent livre, "les
ennemis du progrès". Car enfin rien n'a encore démontré
la nocivité réelle des OGM, maïs ou tomate mis sur le
marché après de nombreux tests.
Le seul contre-exemple toujours cité est celui de
papillons américains migrateurs qui seraient sensibles
aux OGM et en mourraient. C'est l'exemple même d'une
désinformation ; il s'agit d'une expérience en
laboratoire dont l'auteur lui-même ne reconnaît pas les
conclusions qui en ont été tirées.
Et quand bien même il y eût un danger.
Le problème à résoudre pour l'agriculture de notre
siècle n’est-il pas celui de devenir suffisamment
productive pour nourrir les habitants de la planète ?
Nous sommes arrivés aux limites extrêmes de la
Révolution Verte caractérisée par les hybrides, les
pesticides et les engrais. La course aux pesticides
pour contrecarrer les générations résistantes de
prédateurs induit une pollution insupportable et
dangereuse pour la planète. Jusqu'à preuve du contraire,
les OGM permettent d'arrêter cette course funeste vers
la destruction de la nature. Ils permettent aussi de
continuer à nourrir les affamés dans le monde.
Par principe la lutte contre les OGM est une
préoccupation de pays riches.
Placés devant le problème de la faim et du
développement, l’Inde, comme la Chine et les pays
africains n'ont pas les réticences de nos élites
intellectuelles ou politiques. On se sert des OGM pour
lutter contre les multi nationales, le capitalisme, les
grands coupables à éradiquer plutôt que la faim et la
misère.
Et qu'on ne parle pas de manipulation de la nature !
Depuis qu'il existe, l'homme a toujours manipulé la
nature. Il n'y a plus rien de commun entre le blé que
nous produisons actuellement et l'herbe sauvage qui a
donné naissance aux différents hybrides que l'homme a
domestiqués depuis des millénaires. Rien à voir non plus
pour le maïs avec la plante originelle. Quant aux
animaux, la vache, le mouton, le cheval, le chien, ils
ne ressemblent en rien aux animaux sauvages qui sont à
l'origine de ces espèces. Maîtriser
la nature c'est le propre je crois de l'homme ; comment
pourrait-il en être coupable ?
REPENTANCE ET NUCLEAIRE
Je suis, vous êtes responsable, coupable des morts
d'Hiroshima, de Nagasaki et de Tchernobyl. Vous devez
vous repentir de cela et décider l'éradication du
nucléaire, de cette terre. Pour le remplacer par quoi ?
On ne sait pas… Le soleil, le vent ! Les solutions
proposées ne sont pas disponibles et hors de proportion
avec les besoins, qu'à cela ne tienne…
Peu importe les études, les statistiques, l'opinion du
monde scientifique, comme le souligne Georges Charpak
dans "Feux follets et champignons nucléaires". Le
principe de précaution et le respect des générations
futures, obligent l'humanité à devenir antinucléaire.
Ce même respect des générations futures n'empêche pas
d'être partisan de l'utilisation des énergies fossiles ;
il faut bien fournir les quantités d'énergie réclamées.
Cela n'est pas un problème ; les réserves de charbon
quasiment épuisées, on exploite celles de gaz et de
pétrole sans que le sort des générations futures ne
mobilise les bonnes consciences nucléaires. Quant à la
dangerosité !
L'auteur a vécu toute sa jeunesse dans un coron minier
où se sont étouffés des milliers de mineurs qui
décédaient vers 45 ans de silicose: maladie
professionnelle provoquée par les poussières de silices
inhalées en extrayant le charbon. Vers la fin des années
50, début des années 60, le "palmarès" des décès en
France de silicose était annuellement de 2000 à 2500. En
1945, après la seconde guerre mondiale, les
thuriféraires de la bataille de charbon, les mêmes qui
prônent l'anti-nucléaire, ne se sont pas embarrassés de
préjugés, ni de principes de précaution. Si, la seule
précaution prise était de faire plutôt descendre dans
les mines des immigrants que des autochtones.
En dehors des accidents de Tchernobyl, qui est plus un
accident du régime soviétique que celui de l'industrie
nucléaire, il est certain qu'on ne peut comparer le
nombre de morts du nucléaire à celui de l'extraction du
charbon.
La position a priori antinucléaire ne peut s'expliquer
rationnellement, sans cet arrière pensée de domination,
par la création d’une culpabilité repentance.
REPENTANCE COMME SUBSTITUT D'IDEOLOGIE
Les idéologies qui s'étaient bipolarisées en
Collectivisme et Libéralisme pour faire court, se sont
effondrées avec le mur de Berlin et l'implosion du
système politique des pays de l'Est.
Le vide créé par cette implosion fut tellement sidéral
que le philosophe américain Fukuyama osa parler de la
"fin de l'histoire". Dans la sphère idéologique, la
confrontation collectivisme libéralisme disparaissait
comme l’affrontement planification contre loi du marché
dans la sphère économique.
Pour retrouver des schémas rationnels de domination, de
pouvoir, il a fallu rechercher des substituts :
Désormais on possède le pouvoir, non pas parce que on
est le dépositaire d'une orthodoxie idéologique, mais
parce qu’on s’est érigé en censeur d'une faute, si
possible collective, de la communauté que l’on veut
dominer.
Pour ce qui est de la France d’avant 1789, le problème
était simple : l'essence du pouvoir du roi était de
nature divine. La légitimité du pouvoir s'est posé avec
la république. Le pouvoir au nom du peuple certes mais
pour quoi faire ? La primauté du collectif, de la
régénération d'un homme nouveau conforme à l'idéal que
s'en faisait certains penseurs contre une vue plus
libérale, plus pragmatique, tel a été le débat de plus
d'un siècle. Des avatars divers et variés ont conduit le
pays des dérives totalitaires de la Terreur, à
l'Empire, au retour à la Monarchie en passant par divers
épisodes républicains.
Le monde entier a été agité par la recherche d'une
idéologie de gouvernance politique des sociétés.
De 1917 à 1989, le 20ème siècle a vu le paysage
idéologique se "simplifier" et se "stabiliser" en une
alternative : Le régime communiste avec la primauté
du collectif pour faire un homme nouveau avec comme
objectif une société idéale d'égalité sans domination
économique de classe. Une
économie planifiée pour fournir " à chacun selon ses
besoins". Le pouvoir était alors détenu par les gardiens
du " dogme" , ceux qui avaient défini la société idéale.
Ceux qui étaient chargés de prévenir toutes les dérives,
car il n'y avait qu'une vérité, celle du parti : tous
ceux qui s'y opposaient, qui critiquaient, devenaient
des ennemis, des parasites à éliminer ou à rééduquer.
D'un autre côté une vue que l'on qualifiera de libérale,
pragmatique de la société et des hommes. Une
politique de "laisser faire" et de régulation des
pouvoirs par des contre-pouvoirs. La société idéale
n'existe pas. Les hommes sont ce qu'ils sont. Ils
peuvent faire ce qu'ils veulent à condition que leur
liberté s'arrête où commence celle des autres. Une
économie libérale où le marché régule les flux sans
planification. Ce système libéral, par essence sans
idéologie, ne peut donc dans ce cadre là, se référer à
la conformité à une idéologie comme source de pouvoir.
Le système communiste a implosé
du fait de ses contradictions, de ses dérives
totalitaires, de sa faillite économique.
Par nature, le système libéral, laisse démunis les
quémandeurs d’une source de pouvoir.
En démocratie, il faut trouver autre chose que
l'idéologie pour légitimer l'exercice du pouvoir.
La repentance est une des pistes explorées pour cette
légitimation.
La Tentation Nihiliste
A partir d'un ensemble, par essence, divers, fabriquer
des sous ensembles en mettant l'accent sur les
différences des composantes de ces diverses sous
catégories.
Combattre la diversité et sublimer la différence.
Fabriquer par ces sous ensembles des communautés
historiques, ethniques, sociales, linguistiques au choix
…
Faire en sorte que ces différences tout en soudant
les communautés, les opposent entre elles.
Brandir un slogan fédérateur indiscutable, tel que
liberté, droit des peuples à disposer d'eux même, a bas
les riches, vive les pauvres etc. Dans les diverses
communautés, créer un désir d'exclusion des autres par
la sublimation des caractères propres à cette
communauté.
Dans un deuxième temps, ou en même temps, pour
dominer ces diverses communautés qui n'ont plus rien en
commun entre elles (c'est le vieux précepte de diviser
pour régner) créer un sentiment de culpabilité par
rapport à des valeurs dont on se prétend implicitement
le dépositaire.
Enfin créer une psychose, un désir profond de se
purifier par rapport à des fautes passées ou présentes,
des manquements culturels et historiques.
La repentance ainsi institutionnalisée, la frappe de
coulpe généralisée, l’initiateur du mouvement devient le
chef des coupables repentis.
Le processus doit être continu, il y a toujours dans le
passé des actes qui ne sont pas conforme aux réalités,
aux valeurs du présent. Puisque l'idéologie, la lutte
des classes ne marche plus, en avant pour une repentance
collective, institutionnelle. Ce mouvement ne repose pas
comme le marxisme sur une idéologie, une théorie a
priori de la société à laquelle on va s'efforcer de
faire coller les réalités des sociétés humaines. Non
c'est plus tôt le fait d' esprits révolutionnaires à qui
la société actuelle ne convient pas, par rapport à des
valeurs abstraites, utopiques, absolues, mais assez
vagues. Ils ne savent pas exactement ce qu'ils veulent ;
en revanche, à la manière des maoïstes, gauchistes ou
anarchistes, ils ont pour objectif de saper l'existant,
de le faire exploser en comptant sur leur action pour
reconstruire une société idéale à partir du chaos.
C'est ce que André Glucksman dans son essai "Dostoïevski
à Manhattan". qualifie de tentation nihiliste.
Jean Lechaczinsky
Outre une formation scientifique dans une école
d'ingénieurs, Jean Lechaczinsky,
industriel, membre de notre conseil éditorial, a
acquis une formation en sciences
humaines. Il est titulaire d’un Diplôme d'Etudes
Approfondies (DEA) de "Dynamique des