Regards
croisés sur deux systèmes bancaires
De grandes différences entre la France et l’Allemagne

Courtoisie de Mme Susanne Nies, professeur en sciences
de gestion, IPAG, Institut à l’Administration et à la
Gestion, Paris.
Traduction : Hélène Thiérard.
Les banques et leur structure, les différents modèles
bancaires en Europe, voilà un thème qu´on n´aborde pas
spontanément dans l´actualité franco-allemande et qu´on
laisse volontiers à la presse spécialisée. En raison de
la séparation des sphères économique et politique et de
l'opinion très répandue selon laquelle l´argent est un
sujet tabou, beaucoup préfèrent éviter le thème de la
banque.
C'est regrettable car une fois cet a priori surmonté,
de nouvelles facettes du visage franco-allemand
apparaissent. Car le système bancaire, la culture de
l'argent et du crédit, le statut d'autonomie de la
banque centrale ou au contraire sa confiscation par
l´État – tout cela reflète la culture d'un pays au même
titre que le système politique, la littérature, la
peinture ou l'éducation.
Pourquoi les entreprises françaises choisissent-elles
plusieurs banques en même temps, tandis que les
Allemands préfèrent leur banque familiale (Hausbank) ? Pourquoi en France utilise-t-on des chèques et
paie-t-on presque exclusivement par carte bleue, tandis
qu'en Allemagne c'est le liquide qui prévaut ? Comment
les grandes banques françaises et allemandes se
sont-elles développées et quels changements sont en
cours ici et là ?
Le système bancaire allemand
Le premier paragraphe de la loi sur le crédit (1961) en
Allemagne définit une banque (Bank) ou « établissement de crédit » (Kreditinstitut),
les deux termes étant synonymes, par l'exercice d'une
des activités suivantes : gestion de comptes d'épargne,
réalisation de transactions financières, octroi de
crédit, réalisation d'opérations en devises,
participation à l'émission de titres et enfin achat,
vente, gestion et placement de valeurs. On distingue en
Allemagne les banques multiservices (Universalbanken),
qui proposent une kyrielle de services bancaires, et les
banques spécialisées (Spezialbanken),
qui n'offrent qu'un ou quelques services bancaires ou
sont réservées à une clientèle particulière. Parmi eux
on compte les caisses d'épargne-construction (Bausparkassen) ainsi que les hypothèques et centres de chèques postaux.
Les banques multiservices se divisent en trois groupes –
cette structure est tellement spécifique à l'Allemagne
et si particulière que l'on parle dans la presse
spécialisée du système bancaire allemand comme d´un
modèle en trois piliers qui sont :
- Les banques d´affaires privées (private Geschäftsbanken) parmi lesquelles on trouve les trois plus grandes
banques allemandes (Commerzbank AG, Deutsche Bank AG et
Dresdner Bank AG, suivies de près par la Bayerische Hypo
und Vereinsbank), mais aussi les banques régionales, les
banques d'affaires, les filiales de banques étrangères,
etc.
- Les coopératives de crédit ou banques coopératives (genossenschaftliche Kreditinstitute), telles que les banques populaires (Volksbanken),
les banques de crédit mutuel agricole (Raiffeisenbanken),
et les coopératives de crédit, spécialisées dans le
crédit à court terme .
- Les banques de droit public (öffentlichrechtliche Kreditinstitute),
à savoir, les caisses d'épargne Sparkassen) et les centrales de virement (Girozentralen ou Landesbanken).
Ces derniers établissements sont directement sous le
contrôle de l'État, tandis que ceux des deux premiers
groupes sont soumis à différentes législations selon les
activités bancaires qu'ils exercent, par exemple le
commerce des valeurs mobilières dépend des
réglementations de l'Autorité fédérale pour la
surveillance des établissements de crédit ( BAKred, Bundesaufsichtsamt für das Kreditwesen). Le troisième groupe s'est vu dans l'embarras en juillet
2001, lorsque la Commission Eu ropéenne a décrété les
subventions d'État inconciliables avec le marché unique,
ordonnant leur suppression au bout d'une période
transitoire de quatre ans.
L'autorité générale de régulation est l'Autorité
fédérale pour la surveillance des prestations de
services financiers ( Bundesanstalt für Finanzdienstleistungsaufsicht, BAFin),
une autorité fédérale unique pour la surveillance du
marché bancaire, des services financiers, des assurances
et des valeurs mobilières, qui a succédé à la BaKred en
2003 et dont le siège se trouve à Francfort et à Bonn.
Les banques voient le jour sur fond d'industrialisation.
Dans l'Allemagne du XIXe siècle, la première phase
d'industrialisation s'est déroulée sans le recours aux
banques, financée directement par les capitaux des
entrepreneurs. Ce n'est que dans une seconde phase, vers
1970, que le manque de capitaux a posé problème :
contrairement à la France, où cette deuxième phase fut
portée par les marchés financiers, les investisseurs
allemands ont privilégié la « sécurité » que
représentait l'immobilier ou les hypothèques du secteur
agricole. La diversité et l’organisation des banques au
niveau local et régional, permettait de répondre à la
demande de capitaux de deux façons : par la
concentration et de nombreuses fusions – la fondation de
la Deutsche Bank en 1870 à partir d'une multitude de
banques régionales en est un bon exemple - et par la
création de ce qui à l'époque était une spécificité
allemande : la banque multiservices. Ces nouvelles
grandes banques allemandes (Grossbanken),
la plupart installées à Berlin, sont actives dans tous
les domaines du secteur financier ; elles gèrent les
comptes de particuliers et utilisent les dépôts pour
l'octroi de crédits importants, à la différence de la
France et de la plupart des autres pays européens où
dominent les banques spécialisées.
La banque multiservices est un facteur essentiel de
succès pour la réussite de l'industrialisation allemande
et prend bientôt valeur de référence à Paris, surtout
après la guerre de 1870, au même titre que le système
éducatif de Humboldt, le système de Bismarck ou la
sécurité sociale. De fait, les grandes banques
allemandes ne se contentent pas du rôle passif que
constitue l'octroi de crédits, elles participent au
contraire activement à la politique industrielle
allemande et tissent des liens étroits avec le
gouvernement ainsi qu'avec les entreprises auxquelles
elles permettent d'être cotées en bourse et dont elles
sont souvent actionnaires majoritaires.
Comme en France, les banques coopératives (deuxième
catégorie) ont été créées au cours de l´évolution
socio-politique des XVIIIe et XIXe siècles, afin de permettre aux couches moins aisées de
la population de mettre leurs économies en sécurité.
D'abord privées, la politisation de la question sociale
a conduit à leur nationalisation à la fin du XIXe siècle et à la fondation de caisses publiques ; les plus
pauvres accédaient au crédit pour la première fois. Les
banques populaires (Volksbank) se développent, leur clientèle étant surtout ouvrière.
En tant que banques coopératives, elles sont composées
de membres affiliés solidaires. Même si cette deuxième
catégorie tend vers la banque multiservices, elle reste
jusqu'à aujourd'hui fidèle aux intérêts de la classe
moyenne et agit essentiellement à un niveau régional.
La densité du réseau bancaire allemand a diminué
d'environ 30 % depuis le début des années 90, passant de
4 000 en 1992 à environ 2 300 actuellement, et cette
tendance à la baisse se maintient.
Pourtant la densité du réseau bancaire allemand
constitue toujours une de ses particularités, devançant
de loin la moyenne européenne de 540 banques : ce
chiffre est multiplié par cinq en Allemagne. Ce rapport
reste inchangé depuis les années 90 en raison d'un
allègement du réseau mené parallèlement en France et en
Allemagne. Le grand nombre de banques en Allemagne
résulte du fédéralisme ainsi que de l´activité régionale
des banques des deuxième et troisième catégories,
lesquelles représentent 6/7 des filiales, contre 1/7
pour les grandes banques. On compte environ 300 banques
multiservices avec 6 000 filiales, 500 caisses d'épargne
avec 17 000 filiales et 1 600 banques coopératives avec
17 000 filiales.
Un peu d'Histoire
« Un bastion de la raison, en lutte contre
les forces irrationnelles qui traversent
cette société bouleversée et en quête
d'orientation » – une définition, qui risque
de laisser les amateurs de devinettes sur
leur faim. L'auteur de cette citation
s'appelle Hans Tietmeyer, ancien président
de la Bundesbank, la banque centrale
allemande de Francfort. Cette Bundesbank,
plus connue sous le nom de Buba, n'existe
sous ce vocable que depuis le 26 juillet 1957.
Frédéric le Grand était persuadé que
la source de la prospérité anglaise
provenait de la planche à billets de la Bank
of England. Le roi de Prusse a donc cherché
le même effet en créant une banque de
monnaie dans son royaume en 1765. En 1851,
il y avait neuf banques en Allemagne, 27 en
1857. Alors que la Banque de France et celle
d'Angleterre avaient le monopole de la
presse à billets, en Allemagne 33 banques
autonomes imprimaient leur monnaie en 1875.
Elles n'étaient plus que sept au début du
20e siècle. Bismarck avait pris l'initiative
en 1875 de créer une Reichsbank, la première
banque centrale allemande. Mais toute
comparaison reste difficile :
l'indépendance, qui fait tant la fierté de
la Bundesbank aujourd'hui, n'a pas toujours
caractérisé la Reichsbank. En 1914, une loi
a permis au pouvoir d'emprunter, notamment
pour financer la guerre. En 1937, c'est le
régime nazi qui a placé l'établissement sous
sa tutelle absolue, pour les mêmes raisons à
partir de 1939.
L'indépendance aujourd'hui fait
l'objet de commentaires divers. Ainsi,
l'ancien commissaire européen Ralf
Dahrendorf, a comparé le rôle du président
de la Buba à celui de l'évêque d'Urgel, qui
détient avec le président de la République
française la co-souveraineté de la
principauté d'Andorre. Et de fait, la
Bundesbank respecte la légitimité du pouvoir
politique élu, ses statuts lui imposent même
de garantir la stabilité monétaire, mais
aussi de soutenir la politique économique du
gouvernement.
Bien avant la création de la
Bundesbank, les Alliés de la Seconde Guerre
mondiale avaient fondé dès 1948 la Banque
des États allemands et par la même occasion
le Deutsche Mark en remplacement du
Reichsmark – avant même donc la création de
la République fédérale d'Allemagne en 1949.
Le Reichsmark avait certes été introduit à
l'automne 1924 comme mode de paiement, mais
on s'en servait déjà plus tôt dans les
colonies allemandes. |
Le système bancaire français
Les fondements du système bancaire français remontent au
second Empire sous le règne de Napoléon III : des
établissements bancaires publics apparaissent, tels que
le Crédit Foncier (1852), le Crédit Lyonnais (1863), «
la Société Générale pour favoriser le développement et
l'industrie en France » (1864). Dans le contexte de la
crise politico-économique de 1870-71 et de la grande
crise économique qui dura de 1874 à 1896, les banques
publiques connurent une grave crise de liquidité suite à
des retraits d'argent massifs ; c'est ainsi que les
premières banques d'affaires virent le jour, dès le
début très ancrées à l'étranger : la Banque de Paris et
des Pa y s - Bas (1872), la Banque d'Indochine (1875) et
la Banque de l'Union Parisienne (1900). Le fort
engagement à l'étranger de ces banques qui s'étaient
établies aussi grâce à des processus de concentration
nationale prêtait de plus en plus le flanc à la critique
à l'intérieur du pays – voire l'hystérie des actions
russes des années 1906-1910.
On reprocha aux banques de délaisser l'agriculture et
les ouvriers pour rechercher exclusivement le profit à
l'étranger. Afin de rétablir l'équilibre, Paris
promulgua des lois qui permirent la fondation des
Caisses de Crédit agricole (1894) et des banques
populaires (promulgation de la « loi sur les banques
populaires » en 1917). C´est à cette époque que les
banques coopératives françaises acquièrent l´importance
qu´on leur connaît actuellement. Après la Deuxième
Guerre mondiale et la période de l'entre - deux-guerres,
désastreuse au n i veau économique, la France retrouvait
en 1945 son PNB de 1891. De Gaulle procéda à la
nationalisation des banques, avec notamment quatre
groupes importants quant à leur réseau de filiales
nationales : le Crédit Lyonnais, la Société Générale, le
Comptoir National d'Escompte de Paris (CNEP) et la BNCI.
Ce n'est qu'en 1966 avec les lois Debré qu'un changement
de ligne s'opéra, accordant plus de libertés aux banques
et permettant la fusion du CNEP et de la BNCI, initiée
par Debré. En 1966, la Banque Nationale de Paris (BNP)
devenait la plus grande banque française. Les banques
diversifièrent leurs services et en 1972 Suez racheta la
Banque d ' Indochine de sorte qu'à partir de cette date
deux grandes banques dominèrent : la BNP d'un côté, Suez
de l'autre.
L'arrivée au pouvoir des socialistes avec les élections
présidentielles de 1981 fit connaître au pays une
nouvelle vague de nationalisations qui concerna
également la BNP. Aussi surprenant que cela puisse
paraître, des modernisations non négligeables eurent
pourtant lieu, comme l'introduction des premières cartes
bancaires au niveau européen ou encore le principe de l'interbancarité,
un réseau auquel toutes les banques appartiennent et qui
régule les services d'une banque à l'autre, ce qui
n'existe pas en Allemagne. Au début des années 80, les
quatre banques leaders du marché français se retrouvent
aussi sur la liste des 25 premières banques au niveau
mondial, à savoir la BNP, la Société Générale, le Crédit
Agricole et le Crédit Lyonnais. Les modifications de la
législation bancaire de 1984 créent un cadre commun pour
toutes les banques, ainsi entre 1999 et 2002 la
Fédération bancaire française a pu intégrer les banques
coopératives, les Caisses d'épargne, les banques
populaires et le Crédit Mutuel. Sous le gouvernement
Chirac, une nouvelle vague de privatisation débuta en
1987, qui n'arriva à son terme qu'en 2002. La BNP
(1993), le Crédit Lyonnais (1999) et la He rvet Banque
(2001) furent ainsi tour à tour privatisés, l'État
cédant ses dernières parts du Crédit Lyonnais (10 %) en
2002.
Le processus de concentration des banques françaises est
nettement plus important qu'en Allemagne et occasionne
des fusions de grande ampleur qui donnent naissance à de
nouveaux groupes : en 1999 la fusion BNP-Société
Générale donne naissance à BNP-Paribas, en 1996 le
Crédit Agricole intègre Suez et fusionne en 2000 avec le
Crédit Lyonnais alors secoué par des crises de
corruption, et enfin même les Mutualistes et les banques
de coopératives montrent de l'intérêt pour ce processus.
En 1998, les Banques Populaires ont par exemple fait
l'acquisition de la banque d'investissement Natexis et
se sont entre-temps, en 2006, entendues avec la Caisse
d'Épargne pour faire fusionner leurs banques
d'investissement respectives Natexis et Ixis et aboutir
en 2007 à la création de la Natixis.
A moyen terme, une fusion générale de la BP et de la
Caisse d'Épargne ne saurait être exclue. Le
développement du secteur bancaire français se distingue
de celui de l´Allemagne dans la mesure où les trois
mots-clefs ne sont pas modèle à trois piliers, grande
densité du réseau et multiservices, mais au contraire
intervention de l'État, internationalisme précoce et
concentration. Aujourd'hui, cinq grandes banques se
partagent le marché français, présentant une orientation
prononcée vers l'étranger : le Crédit Agricole, BNP
Paribas, les Caisses d'Épargne, les Banques Populaires
et le Crédit Mutuel. La fusion des deux grands
mutualistes Caisses d'Épargne et Banques Populaires
donnerait naissance à un nouvel acteur d'importance issu
d'une toute autre culture économique. Les banques
coopératives françaises sont comme leurs équivalentes
allemandes très décentralisées et ne laissent que peu de
pouvoir à la centrale parisienne. De plus, elles ne
peuvent pas être absorbées par leurs concurrents
puisqu'elles appartiennent à leurs sociétaires. Enfin,
il ne faut pas oublier la banque postale, dont la
création a suscité de vives protestations parmi ses
concurrents français. Depuis le mois de janvier 2006, la
Banque Postale, établie au sein de la poste française et
profitant de son réseau, est la seule avec la Caisse
d'Épargne à pouvoir délivrer le fameux « livret A », qui
bénéficie d'aides de l'État. Le Crédit Agricole a d´ores
et déjà porté plainte auprès de la Commission Européenne
pour concurrence déloyale.
Quelques aspects culturels
Des différences marquantes séparent le quotidien de la
banque française et allemande, des attitudes différentes aussi qu'on peut comprendre au vu de
l'évolution historique du secteur. Selon un rapport
établi par ordre du ministère de l'Économie française
(dit rapport « Ullmo »), le secteur des banques est
considéré par les consommateurs comme un service public,
et ce malgré les privatisations réalisées ces quinze
dernières années. Rien de plus naturel donc que la
gratuité des carnets de chèques ou encore l'interbancarité,
qui permet encore dans la plupart des banques de retirer
de l'argent sans frais au distributeur automatique d'une
autre banque que la sienne.
Alors que les entreprises et les particuliers allemands
privilégient leur Hausbank (banque familiale), les Français n'hésitent pas à faire
le tour du marché et adoptent des stratégies multiples,
par exemple pour équilibrer des déficits à court terme
ou pour négocier de meilleures conditions. La tradition
de la banque familiale allemande prend racine à la fin
du XIXe siècle et suppose l'imbrication que l'on a déjà
évoquée au niveau de la banque et de l'économie. De ce
point de vue, cette tradition est amenée à disparaître,
ne serait-ce que parce que la mondialisation ouvre le
marché allemand à toujours plus de concurrence et que
des scandales comme celui de Schneider ont remis en
question l'existence des banques familiales.
D'autant plus qu'internet change la donne et contribue
au relâchement des liens étroits avec la banque : la
compétitivité prend souvent le pas sur le contact. Il y
a cependant une exception à la règle dans le domaine des
caisses d'épargne et des mutuelles qui misent sur la
proximité locale et régionale et qui continuent à
développer leur réseau de filiales malgré internet. Les
différences sont également marquées en ce qui concerne
le choix des moyens de paiement : en Allemagne on paye
en liquide en premier lieu, en France on paye par chèque
et par carte bancaire. Et pour finir, qu´en est-il de
l'adoption de l'euro ? Beaucoup de Français comptent
encore en francs, comme le rappelle l'expression «
balles », qui se rapporte exclusivement à l'ancienne
monnaie nationale.
Les stratégies de lobbying
Les banques allemandes comme les banques françaises sont
organisées en fédérations qui représentent les intérêts
de leurs membres au regard de la législation, au niveau
national d'abord et au niveau européen depuis les
accords de Maastricht. Les fédérations allemandes les
plus importantes sont le Bundesverband deutscher Banken (BdB) avec 280 banques privées comme membres, le Bundesverband der Deutschen Volksbanken und
Raiffeisenbanken (BVR) qui compte 2 700 membres du secteur coopératif, et enfin
le Bundesverband öffentlicher Banken Deutschand (VÖB) dont les membres sont les banques de droit public. En
France, c'est la Fédération Bancaire Française (FBF) qui
joue ce rôle. Ces fédérations, conçues dans un premier
temps pour équilibrer les intérêts des membres et
représenter leurs intérêts communs au regard de la
législation nationale, jouent un rôle croissant au sein
de l'Union européenne.
Un rapport commandé en 2005 par Bruxelles sur la
question du lobbying bancaire compare les stratégies de
lobbying de quinze banques européennes, parmi lesquelles
les plus grandes banques allemandes et françaises. Il en
ressort que les banques allemandes sont très présentes à
Bruxelles et que c'est essentiellement la Deutsche
Bank qui mène une véritable stratégie autonome de
lobbying. Beaucoup de banques européennes la considèrent
comme un modèle de présence efficace. Le lobbying
efficace à Bruxelles ne consiste pas à soutenir des
positions radicales, car ce n'est pas le genre de choses
qu'on oublie et cela pourrait vite se retourner contre
vous. La présence consiste surtout à participer en
permanence aux flux d'informations complexes et
continus, à les filtrer et à les communiquer à son
entreprise - ce qui explique pourquoi les directeurs des
bureaux à Bruxelles ne sont pas des lobbyistes
professionnels, mais presque exclusivement des employés
au service de la maison depuis des années.
La présence bancaire européenne à Bruxelles commença
avec les accords de Maastricht en 1993 et fut ensuite
renforcée par l'introduction de la monnaie unique en
1999. Pourtant toutes les banques ne sont pas
représentées à Bruxelles directement : avec le Thalys
et l'Eurostar, Bruxelles n'est qu'à une heure et demie
de Paris et de Londres. Cela étant, ceux qui exercent
une présence à Bruxelles pour leur banque mettent en
vidence les limites de ce modèle. Beaucoup d´événements
imprévus ont lieu le soir après le bureau, il faut être
présent et pas seulement par intermittence. D'un autre
côté, il est vrai qu'un bureau à Bruxelles est onéreux
et représente un investissement à long terme : ce n'est
que de cette façon qu'on arrivera à maîtriser les flux
d'information, à connaître les personnes
importantes et à développer une méthode de travail
efficace. Une autre possibilité consiste à faire
représenter ses intérêts par des fédérations bancaires
européennes, ou encore comme les banques anglaises le
font, par des cabinets d'avocats et d´audit localisés à
Bruxelles et qui travaillent pour une multitude de
clients. Une Europe des banques en 2008 ?
Malgré l'ouverture du marché unique, l'établissement des
banques européennes dans les pays voisins reste
relativement peu répandu. Les pays pionniers de cette
hésitante évolution sont la France, l'Irlande, les
Pays-Bas, l'Autriche et la Suède, tandis que l'Allemagne
est en fin de liste et que la présence italienne recule.
Les frais de virement à l'intérieur de l'UE n'ont
diminué que plusieurs années après l'introduction de
l'euro, et la procédure est encore longue et compliquée.
Une Europe des banques devrait voir le jour en 2008 à
l'intérieur d'un espace commun de paiement, reposant sur
un standard commun pour les transactions. Mais la
réglementation de Bruxelles n'est pas la seule à compter
pour les banques nationales : les négociations ayant
lieu dans le cadre de l'OMC, du GATS et du sommet de
Doha ont aussi une certaine importance, même si celle-ci
est encore limitée actuellement. Les accords de Bâle sur
les « fonds propres », que les professionnels désignent
par « Bâle 1 et », sont d'une importance considérable.
Il s'agit d'un processus initié en 1988 à Baal par les
gouverneurs des banques centrales des États du G10,
inquiets de voir les fonds propres de nombreuses banques
d'affaires importantes en dessous du niveau minimum
requis. Pour remédier à cela, on mit en place des
recommandations internationales concernant les
conditions nécessaires à l'activité bancaire et la
réglementation des fonds privés, à charge pour chaque
État de les transposer et de les appliquer. La
Commission européenne a traduit cette recommandation en
adoptant la directive sur les fonds propres, applicable
jusqu'en janvier 2007.
Il n'y a aujourd'hui de géant bancaire ni en France, ni
en Allemagne, aucun acteur global capable de rivaliser
avec la Citibank. Les absorptions de grande envergure
dans le cadre européen ont jusqu'ici échoué en raison de
la différence de culture bancaire, mais aussi à cause
d'une orientation préférentielle vers le marché
national. On évoque de temps à autre une éventuelle
fusion de la BNP et de la Deutsche Bank – un leader
mondial franco-allemand dans le secteur bancaire ?
Souhaitable ? Regrettable ? Affaire à suivre.
Pour en savoir plus sur le système bancaire allemand :
● Werner Heiring : Das Bankwesen in Deutschland,
Bank-Verlag Köln 1999.
● Ficht-Rating : Major German Banks, Semi-Annual Review
and Outlook. April and December 2005 (Special Reports)
A consulter également :
www.bafin.de
www.bdb.de
(cet article est paru dans la Revue Documents 5/06)
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